L’Azerbaïdjan défie l’agenda de la communauté internationale

Éditorial écrit en anglais par Edmond Y. Azadian et publié dans The Armenian Mirror-Spectator en date du 31 août 2022

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a annoncé à plusieurs reprises que le conflit du Karabagh était terminé parce que Bakou l’avait résolu par la force brute. Les responsables azerbaïdjanais, à leur tour, ne manquent jamais l’occasion de réitérer ce que leur président a dit depuis la désastreuse guerre de 44 jours en 2020.

Mais les actions de la communauté internationale démontrent que l’Azerbaïdjan n’a pas tout à fait rendu un verdict final sur la situation et que pour certaines parties impliquées, le conflit reste non résolu.

Les événements récents ont mis en lumière de manière plus évidente que la communauté internationale, en particulier l’Occident, a pris la question en main, au grand dam de l’Azerbaïdjan.

Deux événements spécifiques ont démontré les différences entre les deux parties : l’un a été un récent rassemblement à Chouchi, où l’Azerbaïdjan a invité des représentants de 60 pays, pour montrer la reconstruction de la ville qu’ils avaient bombardée pendant la guerre, et l’autre a été la nomination d’un diplomate américain chevronné, Philip T. Reeker, comme nouveau coprésident américain du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Dans le premier cas, les représentants de deux pays, les États-Unis et la France, qui assurent la coprésidence du groupe de Minsk, avec la Russie, étaient manifestement absents de Chouchi, suscitant la colère des responsables azerbaïdjanais, car cette absence envoyait un message clair que la réalité n’était pas telle que les dirigeants de Bakou la présentent à la communauté diplomatique.

La deuxième initiative avait effrayé les dirigeants azerbaïdjanais, car cette nomination signifiait la résurrection du Groupe de Minsk et son mandat pour entreprendre la tâche inachevée dans le Caucase du Sud.

L’impasse dans la guerre en Ukraine a indiqué que l’échec de la Russie dans cette guerre pourrait entraîner un vide politique dans le Caucase, qui ne peut être laissé sans surveillance. C’est pourquoi l’Occident – et en particulier les États-Unis – a joué, au cours des six derniers mois, un rôle plus actif et affirmé dans la région.

L’Azerbaïdjan a été enhardi par sa récente victoire et se réjouit particulièrement du soutien indéfectible d’Ankara à ses actions. L’Azerbaïdjanais Aliev n’a pas hésité à défier Moscou en fermant le média russe Sputnik à Bakou, car le service arménien de Sputnik avait diffusé un entretien du ministre d’État du Karabagh Artak Beglarian.

Aujourd’hui, Bakou se dresse avec la même force contre les États-Unis et la France, avec l’assurance que son récent accord gazier avec Bruxelles l’absoudra de tous ses péchés.

Dans le cas du rassemblement de Chouchi et de l’abstention des ambassadeurs américain et français, Hikmet Hajiyev, le principal conseiller en politique étrangère du président azerbaïdjanais, a déclaré : « Les tentatives de certains pour relancer le groupe de Minsk de l’OSCE sont hypocrites et honteuses… Il y a deux pays qui ne participent pas à cet événement. Ce sont les États-Unis et la France. Nous ne comprenons pas la raison de leur absence ici… Leur absence, leurs déclarations sur la restauration et la réanimation du Groupe de Minsk montrent une fois de plus quelle mission ils ont accomplie dans le cadre du processus de négociation au cours des 30 dernières années. »

La raison pour laquelle les deux pays ont boycotté l’événement de Chouchi, évidemment, est qu’ils ne considèrent pas l’occupation de cette ville par les forces azerbaïdjanaises comme légale, car cette ville a toujours été à l’intérieur des frontières de la région autonome du Karabagh.

Cette omission apparaît plus explicitement dans une réponse que les États-Unis ont donnée indirectement. Interrogée sur les commentaires de Hajiyev, l’ambassade des États-Unis à Bakou a publié une déclaration au service azerbaïdjanais de Voice of America, exprimant son soutien à la souveraineté et à l’indépendance de l’Azerbaïdjan, ajoutant : « Le personnel de l’ambassade des États-Unis a effectué et continue d’effectuer des visites dans toutes les régions d’Azerbaïdjan, y compris Aghdam, Zangilan et Fuzuli.

Comme nous pouvons le voir, il n’est fait aucune mention de Chouchi, établissant implicitement une distinction entre ces régions. Mais la référence est suffisamment claire pour étendre le message.

En ce qui concerne la réactivation du groupe de Minsk, la position américaine est claire dans une déclaration du département d’État : « Les États-Unis se sont engagés à aider l’Arménie et l’Azerbaïdjan à négocier un règlement politique à long terme du conflit du Haut-Karabagh. L’Ambassadeur Reeker travaillera également avec des partenaires partageant les mêmes idées, tel l’Union européenne et, en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l’OSCE, encouragera le dialogue entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La nomination de l’ambassadeur Reeker au cours de cette période confirme également l’importance du rôle des États-Unis dans les discussions de Genève sur la Géorgie. »

La réaction de l’Azerbaïdjan a été tout aussi forte face à la nomination de M. Reeker, qui démontre la volonté des États-Unis d’apporter un règlement équitable au conflit du Karabagh ; l’OSCE est le seul forum international mandaté par l’ONU pour traiter la question.

Voici la réaction de l’Azerbaïdjan à la nouvelle de la nomination du Département d’État : « Les tentatives de ressusciter le groupe de Minsk de facto qui ne fonctionne pas pourraient entraîner l’éloignement des États-Unis du processus de normalisation des relations azerbaïdjanaises. Le conflit du Karabagh a été résolu et le Karabagh fait maintenant partie intégrante de l’Azerbaïdjan. La communauté internationale, y compris nos partenaires, doit comprendre que lier les négociations sur la normalisation des relations arméno-azerbaïdjanaises sur la question du Karabagh ne sert en rien la normalisation », a déclaré Layla Abdullayeva, porte-parole du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères.

Contrairement aux souhaits de Mme Abdullayeva, cela signifie que la communauté internationale ne « comprend » pas la logique azerbaïdjanaise.

C’est dans cette ambiance générale et dans ce contexte que le Premier ministre Nikol Pachinian et l’Azerbaïdjanais Aliev se rendent à Bruxelles le 31 août pour élaborer un traité de paix, sous l’intermédiaire de Charles Michel, président de l’Union européenne (après l’heure de parution dans l’Armenian Mirror-Spectator).

La réunion du 31 août devait initialement avoir lieu à Moscou. Ce changement soudain démontre que les parties aux négociations étaient mécontentes des services de Moscou et c’est pourquoi elles ont opté pour Bruxelles. Pour expliquer ce changement, Pachinian a appelé le président russe Vladimir Poutine pour expliquer la situation, car Moscou avait exprimé sa colère face à la montée des sentiments et des actions antirusses en Arménie, en utilisant le prétexte de l’explosion du marché de Surmalu.

La Russie n’est pas encline à résoudre le conflit, car cela signifierait le retrait de ses forces de maintien de la paix du territoire azerbaïdjanais. L’Occident, lui, est intéressé par la résolution du conflit, non pas en raison de sa considération et de son souci des parties impliquées, mais parce qu’il veut supprimer les excuses de Moscou pour déployer ses forces d’occupation en Azerbaïdjan. Edmond Y. Azadian

 

Traduction N.P.